Faut-il idéaliser les écoles Montessori ?

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École alternative… mais alternative à quoi ?

Aujourd’hui, nombre de familles me sollicitent au sujet des écoles Montessori, perçues comme des refuges bienveillants, respectueux du rythme de l’enfant, et souvent idéalisées comme la solution éducative idéale. L’article du Café pédagogique que je partage ici reflète très fidèlement ce que je pense de cette pédagogie : au-delà des intentions affichées, il est essentiel d’en interroger les usages réels, les effets concrets et les implicites éducatifs.

Voici les points que je retiens de l’article et que je partage pleinement dans mon accompagnement parental et psychopédagogique :

Un choix souvent socialement situé
Les écoles Montessori privées attirent surtout des familles issues de milieux favorisés, en quête d’un entre-soi social et d’un éloignement de l’école publique, perçue comme inadaptée ou violente.

Un mythe de l’enfant autodidacte
La pédagogie Montessori repose largement sur les intérêts spontanés de l’enfant. Or, ces intérêts sont eux-mêmes façonnés par les expériences sociales et culturelles familiales. Cela crée un biais qui avantage encore davantage les enfants déjà socialement dotés.

Un risque d’inégalités renforcées
L’attente que l’enfant « manifeste » seul une appétence pour un apprentissage aboutit souvent à un renforcement des inégalités : les enfants issus de milieux populaires s’y perdent, s’ennuient ou se replient sur des activités peu valorisées scolairement.

La responsabilisation précoce de la réussite
En déléguant à l’enfant la charge de son engagement, ces pédagogies peuvent faire porter aux plus jeunes une forme de responsabilité sur leur réussite scolaire. On valorise ceux qui « jouent bien leur rôle d’élève » — souvent dès 3 ans — au détriment d’une posture éducative d’accompagnement actif.

Une discipline intériorisée plutôt que questionnée
Le montessorisme encourage une forme de discipline intériorisée, où l’enfant apprend à se conformer seul aux normes scolaires. On n’écoute plus celui qui ne veut pas apprendre, on le considère comme « hors-norme ». Cela entre en résonance avec des discours contemporains sur l’autorité, parfois autoritaristes.

Une méthode historiquement marquée
Maria Montessori a entretenu des liens étroits avec le régime fasciste italien pendant une décennie. Elle valorisait d’ailleurs la discipline comme une vertu éducative permise par sa méthode. Un point d’histoire à ne pas négliger lorsqu’on valorise sans nuance cette pédagogie.

    Mon positionnement
    Je ne remets pas en cause l’ensemble des outils montessoriens, ni la sincérité des parents qui cherchent le meilleur pour leur enfant. Toutefois, il me semble pertinent d’éviter l’idéalisation. Une pédagogie, aussi séduisante soit-elle, doit être contextualisée, interrogée, et adaptée à chaque enfant — non pas en fonction de ses seules envies, mais en l’accompagnant dans une rencontre progressive avec les savoirs.

    En bref et selon moi : la pédagogie Montessori peut être féconde, mais elle ne saurait remplacer une éducation réellement équitable, ni se substituer à un regard lucide sur les inégalités sociales dès la petite enfance.


    Bibliographie indicative

    Leroy, G. (2019). Le montessorisme. Sociologie d’une forme scolaire alternative. Rennes : Presses Universitaires de Rennes. Analyse sociologique rigoureuse de la pédagogie Montessori dans ses usages contemporains, notamment dans les écoles privées hors contrat.

    Bonnéry, S. (2007). L’école et l’accès à l’écrit : des obstacles à la démocratisation. Paris : La Dispute. Montre comment certaines pratiques pédagogiques peuvent masquer ou renforcer les inégalités sociales d’accès aux savoirs.

    Charlot, B. (1997). Du rapport au savoir. Éléments pour une théorie. Paris : Anthropos. Réflexion fondamentale sur la manière dont les élèves investissent (ou non) les savoirs scolaires, selon leur trajectoire et leur milieu social.

    Dubet, F. (2002). Le déclin de l’institution. Paris : Seuil. Analyse de la transformation de l’autorité éducative et du passage d’une institution prescriptive à une logique d’individualisation parfois dérégulée.

    Toullec-Théry, M., & Rayou, P. (2019). Autonomie des élèves : discours, pratiques, effets. Paris : Éditions L’Harmattan. Étudie la manière dont l’autonomie est invoquée dans les discours éducatifs contemporains, et les effets concrets observés sur les élèves.

    Perrenoud, P. (1996). Pédagogie différenciée : des intentions à l’action. Paris : ESF. Utile pour penser la nécessité d’un accompagnement ajusté sans tomber dans le piège d’un abandon pédagogique derrière le mot « autonomie ».

    Alvarez, C. (2016). Les lois naturelles de l’enfant. Les Arènes. Ouvrage grand public souvent cité dans les milieux montessoriens. À confronter aux travaux critiques pour un regard nuancé.